L’arrivée de l’intelligence artificielle et du télétravail conduisent à revoir les conditions de l’autonomie dans une entreprise.
Cela avait commencé il y a bien longtemps : avec Taylor et l’Organisation Scientifique du Travail (OST). À l’époque, il s’agissait d’accueillir le plus grand nombre d’hommes et femmes sans expérience ; le travail à la chaîne naissait et correspondait alors à une évolution sensible : les tâches simples et répétitives permettaient de travailler.
Il s’agit de réaliser un travail, court – d’une durée de quelques secondes – , avec une allure bien définie pour coordonner l’ensemble des postes de la chaîne, pour arriver à un produit fini. Évidemment, un « contrôleur extérieur » à la chaîne s’assurait de la qualité finale.
Peu à peu, on découvre que dans ces conditions le travail devenait un facteur d’insatisfaction qui permettait de gagner sa vie, mais qui était loin de provoquer un épanouissement personnel !
Charlie Chaplin, dans le film Les temps modernes illustrait à l’envi, et non sans humour, cette situation.
L’arrivée de l’autonomie
Progressivement, on découvrît l’impact de « la motivation » dans le travail ; la traditionnelle « chaîne de montage » est remise en cause. L’autonomie arrivait !
Le « nouveau travail manuel » se concrétisait par la création de groupes autonomes ! Un groupe s’autoorganisait pour satisfaire un contrat de production quotidien.
Trois conditions étaient à l’œuvre ; « préparer », « exécuter », « contrôler » le travail. C’était une première ; une révolution !
- Préparer : il s’agissait de mettre en œuvre les conditions de réalisation d’un produit ; choisir les outils, les approvisionnements, et parfois même partager les outils avec d’autres groupes autonomes ;
- Exécuter : le groupe lui-même décidait de la répartition des tâches :
- Contrôler : cela devenait la partie la plus révolutionnaire, en créant un autocontrôle ! Ce qui faisait peur. Que diraient les clients s’ils apprenaient que le contrôle n’était pas exécuté par un supposé « expert », extérieur au travail, mais par un membre du groupe ! Il va de soi que cette remarque dépendait de la nature du travail exécuté. Dans le même temps, le contrôleur était un ancien ouvrier « promu ».
Le résultat était la réalisation d’une quantité de produits dans la journée, le « contrat ».
À ce stade, l’autonomie se développait dans la journée et était donc relativement limité. Toutefois c’était une vraie révolution.
Un exemple parmi d’autres, alors que la liberté nouvelle permettait aux membres du groupe d’aller à la cantine pour le déjeuner quand ils le souhaitaient ; dans un premier temps, le groupe ne changeait pas ses habitudes il y allait toujours à la même heure ; certains, il y a longtemps, parlaient de réification !
Ce qui était vrai pour l’atelier le devenait également pour la partie administrative. Le plus spectaculaire est qu’au-delà des tâches à accomplir, cela consistait surtout à être responsable de son travail. L’autocontrôle devenait la règle et l’on s’aperçut même d’une amélioration de la productivité.
L’arrivée du télétravail a amplifié largement l’autonomie ; le bureau n’est plus le lieu unique du travail. Qui plus est, l’arrivée de l’intelligence artificielle l’accentue ; préparer, exécuter, autocontrôler mais surtout s’y rajoute désormais la notion indispensable de « travailler ensemble ».
L’entreprise a besoin de résultats, non plus individuels, mais commun à des personnes qui ne sont pas tous les jours dans le bureau. L’autonomie se développe non seulement à l’atelier mais à domicile !
Il s’agit d’inventer alors un nouveau « reporting » pour s’assurer de la coordination de l’ensemble des besoins ; rendre compte des activités, de ses plus et de ses moins, pour maîtriser l’ensemble des missions.
C’est une autonomie complète des hommes et des femmes éloignés de l’entreprise, au moins une journée par semaine, rend beaucoup plus fort le travail en commun et les résultats à atteindre.
Mais au-delà, il s’agit de repréciser les missions, les domaines clés de succès, les moyens d’évaluation et, dans le même temps, descendre les échelons de la hiérarchie avec les mêmes principes.
L’autonomie est un grand pas pour le développement personnel, mais c’est toute l’entreprise, tous les hommes et toutes les femmes qui travaillent, quel que soit leur niveau fonctionnel, qui sont concernés. Il s’agit d’une nouvelle « révolution industrielle » du 21ème siècle !
L’autonomie de chacun s’exerce dans un ensemble pour tous
Daniel Boeri



