Publié le 6 avril 2020 par Webmaster dans la rubrique Économie et social, Éditos, International, Monaco, Politique - 19 436 vues

Édito du 6 avril 2020 – Ce que j’aurais aimé vous dire

Chers amis,

Depuis le 13 mars, j’ai décidé vu mon âge – ce n’est pas pour rien que je suis Doyen de notre Haute Assemblée – d’appliquer le principe de précaution et je me suis auto-confiné.

Cette ouverture annuelle de la mandature est pour moi un grand plaisir et aussi plein d’espoir pour mon pays, aussi je laisse, ce soir, ce plaisir à mon collègue Jacques Rit qui, je n’en doute pas, le fera avec intelligence et humour.

J’avais préparé mon discours il y a quelques temps, mais l’arrivée Coronavirus a changé la donne.

Aussi, ce soir, il ne s’agit non plus de discourir sur les méthodes ou les moyens de lutte, car beaucoup a été dit et beaucoup sera encore dit dans les prochains jours. Il s’agit d’agir afin de préparer au mieux la sortie de cette pandémie inédite, aux conséquences énormes à plus d’un titre ; sanitaire bien sûr, mais aussi économique et sociale… 

Nous vivons aujourd’hui une épreuve et une autre, plus proche, nous attend la fin du confinement. Cette gestion de crise nous pourrons la traverser et la surmonter ensemble, nos institutions, monégasques, résidents, entrepreneurs et salariés, unis pour reprendre la marche du pays.

J’aurais pu vous dire quelques mots sur le Coronavirus, car les esprits du pays entier se trouvent concernés et, pour beaucoup, souffrent.

Mais au fond, les conséquences actuelles de la pandémie ne me semblent pas avoir rendu obsolète mon propos préparé sur les conséquences, dramatiques, elles aussi, du changement climatique.

Au moment où j’écris ces lignes, malheureusement les quelques chiffres ci-après seront malheureusement dépassés.

Dans le monde, plus de 1,2 million de personnes sont infectées par le Covid-19, et on comptabilise 64000 décès. Pour ce qui est de l’Europe, ce sont plus 500 000 infectés et 44 000 décès.

L’inquiétude des uns et des autres est naturelle. J’ai donné quelques éditos sur mon blog et sur Facebook sur ce sujet.

Alors ce soir, je voulais simplement vous dire en parlant du climat, que l’Agence Européenne de l’Environnement sur la qualité de l’air s’alarme du dépassement du seuil de pollution (dioxyde d’azote) qui est responsable de 68 000 morts prématurés, par an, dans l’Union européenne.

Ce n’est pas parce qu’il ne se voit pas que l’on doit oublier que le climat est, lui aussi, responsable d’une autre pandémie.

J’ai maintenu mon propos parce qu’au fond, la solution, au-delà des techniques (tests, respirateurs, masques, le principe actif) qui procèdent du Coronavirus, doit être accompagnée d’un effort commun à tous : le confinement. Il rejoint le nécessaire combat, commun à nous tous aussi, pour répondre au besoin impérieux d’amélioration du climat.

Comme mon temps de parole, souvent dépassé, fait l’objet d’amicales plaisanteries, j’avais préparé une anecdote pour ce soir ; je vous la livre tout de même.

En effet, je ne voudrais pas subir le bon mot du directeur du Conservatoire de Paris lors du passage de l’examen d’un jeune élève et à qui on demandait son avis « Ma foi, c’est le début de l’audition qui m’a le plus intéressé, … ensuite, l’exécutant avait beaucoup vieilli ! »

Ce soir, j’essaye de penser à long terme, au pays, aux générations futures et à la planète, alors mon intervention est un effort pour comprendre mon temps, …  Notre temps !

Devant nous le monde se transforme ; tout s’accélère.

En 50 ans, nous avons modifié la Terre plus rapidement que tous les hommes qui nous ont précédés.

Face à cette mutation inéluctable, nous sommes sommés d’agir et lutter contre la pollution !

La planète s’emballe ! 2019 fut une année de colère, à la fois humaine et énergétique

  • D’abord, dans de grandes parties du monde, les femmes et les hommes remettent en cause les pratiques, les manières d’être ; parfois même l’ordre établi !

Chacun à leur manière, dans leur contexte et avec leurs propres spécificités, remettent en cause la nature des choses !

Directement et indirectement, beaucoup sont touchés

  • Ensuite, dans le même temps, nous voyons la nature prendre le pas et multiplier les accidents climatiques.
  • Il y en a eu 15 importants en 2019 ; la deuxième année la plus chaude de la planète jamais enregistrée. 
  • Janvier et février 2020 ont suivi la même tendance
  • Pour la première fois, l’Antarctique a dépassé 20 degrés
  • Au moment où j’écrivais mon intervention de ce soir, l’Agence Européenne pour l’Environnement nous prédisait même un scénario catastrophe, lié au réchauffement climatique : montée du niveau des mers, pluies torrentielles, épisodes de sécheresses et feux de forêts, même en cas d’un réchauffement limité à 2 degrés, auquel les experts eux-mêmes ne croient plus !
    • Un exemple ; sur la côte Ouest française le risque d’inondation serait, à la fin du siècle, 200 fois plus élevés qu’en 2010 

La nature de nous inviter, elle aussi, à participer aux remises en cause de nos pratiques et contribuer à lutter pour le climat ; pour un air pur !

Le parallèle entre les deux situations peut, à première vue, paraître étonnant, voire incongru et pourtant, d’un côté les femmes et les hommes sont dans la rue s’activent ; de l’autre la bataille pour le climat et l’environnement nous conduit à ne pas rester passif et invite chacun d’entre nous à prendre sa part et ses responsabilités pour changer, si j’ose dire, la nature des éléments !

Il devient trop facile de crier avec Jean-Paul Sartre « L’enfer, c’est les autres » ; vous savez…

Deux femmes et un homme cherchent à comprendre ce qui a pu les conduire en enfer et quel est leur châtiment. ?

Ils comprennent rapidement qu’il n’y a pas de bourreau, car chacun des deux autres sont le bourreau du troisième.

Leur châtiment consiste à vivre pour l’éternité tous les trois, à coexister, à se détester et à se supporter.

Oui, nous voilà, ensemble, dans l’enfer de la nature !

D’autant que, pour reprendre Paul Valéry dans son « discours sur l’Histoire » :

 « Jamais l’humanité n’a réuni tant de puissance a tant de désarroi, tant de soucis et tant de jouets, tant de connaissances et tant d’incertitudes.

L’inquiétude et la futilité se partagent nos jours ».

Ce qui rend j’en conviens l’action, dans ce domaine, difficile.

Pourtant

  • La déforestation détruit l’essentiel pour produire le superflu !

Or, on le sait, les forêts stockent le carbone et sont la pierre angulaire de l’équilibre climatique dont nous dépendons tous. Au point que le CO2 dans l’atmosphère y progresse à un rythme sans précédent. Accéléré cette année par les incendies en Australie.

Mais, ne nous ne le cachons pas, les émissions de CO2 sont, en grande partie, imputables aux actions humaines

  • Ce qui est vrai pour les forêts, l’est également pour les océans. Depuis 1960, les prises de pêche sont passées de 18 à 100 millions de tonnes par an ! Les zones de pêche sont sinon épuisées du moins à la limite de l’être. Or, le poisson est l’aliment de base d’un homme sur cinq
  • Tempêtes, vagues de froid, inondations, cyclones, érosions côtières risquent de devenir plus fréquents… 6 Français sur 10 sont exposés au risque climatique !
  • La Banquise est au plus bas, or cet énorme potentiel subit les contre coups d’un cercle vicieux. La fonte de la Banquise et du Groenland, entrainent, en retour, une accélération du réchauffement. L’Arctique, considérée comme le climatiseur de la planète subit des « changements spectaculaires et sans précédents », évidemment liés au réchauffement et à la fonte continue de la Banquise.

La perte de glace change fait monter le niveau des océans, à peine atténuée par l’affaissement du plancher océanique. La montée des mers mêlées aux autres effets climatiques touchera 3.65 millions de personnes contre 102.000 aujourd’hui. : oui les réfugiés climatiques.

  • D’ici la fin du siècle, la moitié des plages pourraient disparaitre et le littoral reculer en moyenne dans le monde de 35 à 240 mètres !
  • Le manque d’eau pourrait toucher près de 2 milliards de personnes dans le monde avant 2050 ! Notre bassin méditerranéen est en première ligne
  • En Afrique, l’invasion des criquets Pèlerins, dévaste des récoltes entières

Être optimiste

Il est trop tard pour être pessimiste ; il nous faut agir dès aujourd’hui ! Trois exemples ;

Un exemple extraordinaire, nous avons vu l’impact du confinement actuel sur la cartographie satellite du monde. Les nuages de pollution ont quasiment disparu.

Deuxième exemple : en Europe, sous l’effet du confinement, les rejets de CO2 sont réduits de 58% par jour !

Troisième exemple : les deux premières semaines de confinement publié le 31 mars « Les nuisances sonores ont disparu des quartiers animés de Paris, la baisse pouvant atteindre jusqu’à 20 dB ». Alors bien sûr des conditions extraordinaires qui existent aujourd’hui, personne n’espère les voir se prolonger.

Il y a de quoi être optimiste.

D’autant que des solutions existent :

« Si tout est lié à la terre, la terre est liée au soleil, sa première source d’énergie »

L’énergie du soleil est inépuisable, alors :

« Au lieu de fouiller le sol, il convient de lever les yeux vers le soleil et apprendre à le cultiver ! »

Il nous reste encore la moitié des fleuves du monde, des milliers de lacs, de rivières et de glace et 2 millions d’espèces bien vivantes encore

Alors, avançons !


Nous connaissons bien, chez nous, le concept de communauté de destin !

Mais, dès aujourd’hui et pour demain, la communauté de destin : c’est nous et la Terre entière.

Nous ne pouvons pas changer le monde seuls, mais nous pouvons y contribuer.

Comme dit le proverbe japonais « nous sommes comme le grain de sable sur la plage, mais sans le grain de sable, la plage n’existerait pas »

De plus, profitons de la notoriété environnementale créée par notre Souverain pour servir d’exemple, certes à notre échelle, mais cette notoriété multiplie de façon exponentielle nos actions à l’échelle de notre territoire. De plus, nous disposons déjà d’une structure dédiée à la transition énergétique et je salue son dynamisme.

Albert Camus et son « Homme révolté » nous mets en garde.

Nous les hommes, sommes la question du climat.

Au temps des idéologies, il faut se mettre en règle avec le meurtre…Oui le Meurtre !

Si le meurtre écologique a ses raisons, notre époque et nous-même sommes dans la conséquence.

Nous sommes dans la folie de la planète et il n’y a pas d’autre issue que d’agir ou de se détourner.

Mais, il nous revient clairement de répondre à la question qui nous est posée – quel avenir pour notre planète !

 L’important n’est plus de remonter à la racine des choses mais, de savoir comment s’y conduire.
Oui, nous sommes à la question !
Le temps de la négation climatique n’est plus !

Décider de ne pas agir revient, au moins, à accepter le meurtre d’autrui, sauf à déplorer harmonieusement l’imperfection des hommes.


On pourrait imaginer de remplacer l’action par un dilettantisme tragique et dans ce cas, la vie humaine ne serait plus qu’un enjeu


On doit surtout se proposer d’agir !!

Pour le moins on se dirigera dans le sens de l’efficacité immédiate, rien n’étant bon ou mauvais ; la règle sera de se montrer le plus efficace.

Le raisonnement absurde ne peut à la fois vouloir préserver la vie de celui qui parle et accepter le sacrifice des autres.

Nous sommes la question, mais aussi la réponse !

Pour conclure, nous devons agir ensemble, tous ensemble, chacun à sa mesure et Corneille de nous rappeler la force du rassemblement.

 U Çid, carandu d’u Forte Massena â Türbia, « s’è ralegrau çinqe çentu qandu sëmu partii ma tanti e prun se sun agregai che èrëmu ben trei mila arrivandu a u Portu Àrcule ».

Le Cid, descendant du Fort Massena à la Turbie, nous ouvre la voie :

« Nous partîmes 500 et par un prompt renfort, nous nous vîmes 3000 en arrivant au Port Hercule »

Oui, tous ensemble ; c’est bien une chance !

Ce sera difficile ; il nous faudra changer de pratiques et changer d’habitudes… il nous faudra choisir !

Mais comme dit le poète ;

« Ne pas choisir, c’est d’abord choisir et qui plus est choisir l’échec » !

Alors en avant pour agir sur le climat !

A court terme, évidemment, je n’oublie pas la pandémie de Coronavirus et, là aussi, nous y arriverons tous ensemble.

Je vous remercie et restez chez vous et portez les masques pour sortir.

Daniel BOERI


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