Publié le 6 avril 2017 par Admin_gp dans la rubrique Économie et social, International, Monaco, News, Politique - 11 649 vues

Discours du doyen du Conseil National – 6 Avril 2017

Monsieur le Ministre,

Madame, Messieurs les Conseillers-Ministres,

Mes chers collègues,

Chers compatriotes, chers amis, dans l’hémicycle, à la télévision et sur Internet

Nous voici arrivés au temps de l’élection du Président de notre Haute Assemblée et du dernier discours du Doyen… de cette mandature !

C’est donc avec gourmandise et une grande joie que je m’adresse à vous, d’autant que ce soir mon temps de parole n’est pas limité !

Pour une fois dans l’année, je ne risque donc pas de déborder mon temps !

C’est l’occasion pour moi de tirer un bilan de mon expérience de ces 4 années écoulées au sein du Conseil National.

A ce propos je souhaite souligner en particulier

La nécessaire reconnaissance du Conseil National,

et

La nécessaire préparation de l’avenir de notre pays.

Pour évident qu’ils soient, ces deux points méritent l’adage

« Ce qui va sans le dire, va mieux en le disant »

 

Pour ce qui concerne la reconnaissance du Conseil National

Elle est essentielle et procède des deux partenaires que sont le Gouvernement et le Conseil National lui-même.

 

Mes chers collègues, comme

« Charité bien ordonnée commence par soi-même »,

Je parlerai d’abord de notre Institution.

 

En prémisse, je me félicite de la mise en place des assistants d’élus, qui vont dans le sens d’un travail plus efficace et indispensable.

Toutefois souvent, trop souvent encore, la fonction d’élu n’est pas reconnue ;

Il s’agit surtout d’un symbole, mais comme tout symbole il interprète la réalité qu’il représente.

 

Pour l’améliorer, nous devons agir pour fluidifier nos séances publiques, qui sont un vecteur vivant du travail de notre Assemblée,

tant sur leur contenu que sur leur fréquence.

 

Pour ce qui est du contenu

• Pourquoi ne pas rendre publique certaines Commissions Plénière d’Étude,

où Conseil National et Gouvernement travaillent ensemble, comme pour les « Grands travaux » par exemple.

C’est une opportunité pour faire savoir comment s’oriente la politique de travaux de l’État.

• De plus, pourquoi ne pas créer une séance publique type « questions d’actualité » ?

C’est une autre voie pour intéresser nos compatriotes aux affaires du pays.

Pour ce qui est de la fréquence

On a coutume de dire que les Monégasques ne s’intéresseraient à la politique qu’au moment des élections. Si cela était vraiment le cas, ce que je ne crois pas, alors

Il nous appartient de les y intéresser tout au long de la mandature.

Par exemple, augmenter le nombre de séances publiques permettrait de les rendre moins longues, plus intéressantes.

Sans compter que la fatigue prend le pas sur la vigilance des uns et autres !

Finir à 1h30 du matin n’est vraiment pas raisonnable et surtout recommencer le lendemain !!

Mais le Gouvernement est lui aussi largement concerné par la reconnaissance du Conseil National

Sans le Conseil National, la Constitution marche que sur une seule jambe.

J’en viens donc à l’éternelle question de la méthode de travail du Gouvernement.

Un principe de base de la relation Gouvernement-Conseil National,

qui sont Co législateurs, faut-il le rappeler, doit être

« La forme prime le fond »,

Respecter la forme permet au fond de prospérer.

• La gestion du Port de Vintimille illustre mon propos, ce seul rappel est une histoire et suffit

• Plus récent et plus triste encore : l’Usine d’Incinération ;

Le jeudi, la « décision n’est pas complètement arrêtée », et le mercredi suivant, elle l’est, d’après le journal ! Bon, ce serait un couac.

Le Conseil National serait-il pris pour une bille ?

Quelle reconnaissance du Conseil National et de notre travail ?

Quelle image pour les Monégasques, sauf donner à certains l’occasion d’en faire des gorges chaudes, là où il n’y a pas lieu ?

Ces deux exemples, pour ne pas faire trop long, se suffisent à eux-mêmes.

J’attire l’attention du gouvernement sur la force des symboles et sur l’image qu’ils renvoient dans le pays.

Au point même que certains, sans vergogne, maltraitent les élus, et comme pour rajouter de l’huile sur le feu, ou pire montrer qu’ils s’en fichent complètement, vont même jusqu’à demander à ces mêmes élus de leur voter une subvention !

Ce pourrait être l’occasion de tester « l’amendement budgétaire » !

J’invite le Gouvernement si non à méditer, du moins à s’inspirer de la belle formule de Châteaubriand :

« Une erreur trop commune aux gouvernements, c’est de croire qu’ils augmentent leurs forces en augmentant leur pouvoir ;
Une armure trop pesante rend immobile celui qui la porte ».

Oui, le gouvernement doit alléger son armure car la liste est loin d’être terminée.

• D’ailleurs, personne ne comprendrait que je cite pas les palinodies relatives à la Première Nuit Blanche de Monaco et le silence du gouvernement, en dépit de son succès ?

o Pour l’information de nos compatriotes, je rappelle que cet évènement, totalement nouveau, a été inventé pour contribuer à l’attractivité du pays. Il attiré entre 3000 et 5000 spectateurs pour une nuit. Ce fut souvent de nouveaux et jeunes visiteurs venus d’ailleurs : 2 exemples parmi d’autres
– Vila Sauber : 1400 visiteurs ! Elle fût fermée pour des raisons de sécurité ; pour cause d’affluence !
– Les 2 concerts de musiques contemporaines et vidéo, ont attirés 1000 personnes à l’auditorium, avec l’Orchestre Philarmonique
o Pour terminer ce point : la revue de presse 56 pages pour une Nuit ; qui dit mieux ?

Et bien ! il n’y aura pas de Nuit Blanche en 2017, et le gouvernement tergiverse encore aujourd’hui (charge de travail, lassitude, …) au point de risquer de faire rater 2018 !

Il est vrai que
« La roche tarpéienne est proche du Capitole »
Et comme dit le poète
« Rien n’échoue comme le succès »

 

• J’en viens à la préparation de l’avenir : Donner envie de venir et de vivre à Monaco

Dans le monde tel qu’il est et tel qu’il se projette :

– Quel Monaco voulons-nous devenir ? c’est notre choix

– Que Monaco doit-il nécessairement devenir ? C’est le monde qui bouge indépendamment de nous

L’avenir, c’est répondre à des questions fondamentales dont les décisions d’aujourd’hui ont des conséquences lointaines.

Mais je ne fais pas mien l’aphorisme de Keynes selon lequel « à long terme, nous sommes morts » !

Elles touchent au dynamisme du pays, à son attractivité ;

ce soir, je retiendrais deux aspects : l’économique et le sociétal.

 

L’attractivité économique

Notre formidable dynamisme, nous le devons aux entrepreneurs et aux salariés.

Ensemble, ils tirent la croissance toujours plus haut et je leur rends hommage.

Comme je rends hommage aux fonctionnaires et aux agents publics, qui contribuent eux aussi à la bonne marche du pays.

 

Toutefois, nous devons disposer de plus de 100 000 emplois dans un avenir relativement proche.

Reste que le pays ne peut laisser la création d’emplois au seul hasard, comme une manne tombée du ciel, du fait des seuls créateurs d’entreprises,

C’est une grande priorité.

Nous devons penser aux filières d’avenir, c’est à dire aux entreprises dont Monaco aura besoin demain.

• Quelles entreprises voulons-nous attirer ?

• Comment faciliter leur création ?

De plus, face au grand chamboulement mondial,

Nos atouts actuels sont-ils toujours suffisants ?

Cette réflexion est cruciale.

 

Par ailleurs, Il convient de donner envie de vivre dans notre pays.

• L’avenir économique implique aussi un environnement favorable pour les entreprises et les résidents

Je souligne en particulier la pollution et le cadre de vie

La lutte contre le réchauffement climatique est une action essentielle et bien réelle. Le Livre Blanc de la transition énergétique a fixé des objectifs clairs ambitieux.

Je soulèverai toutefois trois enjeux qui peuvent freiner sa bonne marche.

– Les futurs 100 000 emplois, dont on ne parle pas assez selon moi

Ce sont seront des flux d’entrées-sorties porteurs de nuisances climatiques ; il s’agit d’une question cardinale.

Nous devons tester dès maintenant un bouquet de solutions : parkings, téléphérique, circulation alternée, véhicules électriques, télétravail, etc.

– J’en reviens à l’incinérateur, eh oui

Au-delà des décisions prises, viser zéro déchet est une nécessité.

C’est une politique simple et efficace.

Le zéro déchet et le recyclage s’inscrivent d’ailleurs dans la droite ligne du Livre Blanc, avec des résultats potentiels tangibles et mesurés ailleurs à la clef.

La production des déchets : Peut diminuer de 15 à 40%

Le recyclage : Peut atteindre jusqu’à 80%

– Enfin, en matière de pollution toujours, je note les navires de croisière

Certes, les croisiéristes sont un levier important pour le tourisme et un signal fort de l’attractivité du pays. Je le souligne avec force

Toutefois, nous devons nous montrer vigilants.

Une étude récente réalisée dans le port Marseille montre qu’un navire de croisière accosté pollue autant… qu’un million de véhicules !

10 fois plus que la circulation quotidienne à Monaco !

Certes, il s’agit de navires XXL, et à Monaco, ils sont de taille plus modeste.

Mais les rejets sont préoccupants pour la qualité de vie dans le pays.

 

Ainsi, Monsieur le Ministre, chers collègues, chers compatriotes

Dans la vie politique, comme dans l’exercice du pouvoir,

nous devrions nous doter d’un agenda 2040.

Non seulement pour nous, mais pour les générations futures.

Pour réussir cette entreprise,

il est indispensable que la relation Conseil National-Gouvernement soit forte, même si des différences naturelles,

entre ceux qui proposent (« je fais ce que je veux »)

et ceux qui disposent (« je fais ce que je peux »), peuvent exister.

C’est la force du consensus.

Je vous remercie.

 

Et je vous propose de passer maintenant à l’ordre du jour, à savoir l’élection du Président du Conseil National.
A moins, Monsieur le Ministre, que vous souhaitiez dire quelques mots.

Daniel BOERI


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